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Le Fort
Capitaine Abel DEVOS
 

Construit dans l'éperon chisteux qui domine les vallées de la Vesdre et de la Hoëgne qu'il contrôle, le fort est situé d'une part sur le territoire de la commune de Theux et d'autre part sur celui de la commune de Pepinster.  Le fort de Tancrémont se trouve le plus au sud de la Position Fortifiée de Liège, également connue sous l'acronyme PFL1 comprenant également les forts d'Aubin-Neufchâteau et de Battice.
 
Son objectif était de tenir le temps nécéssaire pour permettre aux Armées Alliées de prendre position le long de la Meuse et du Canal Albert afin d'y former une ligne de front.
 
Des postes d'observation extérieurs occupés par les soldats du fort l'aidaient dans sa mission :
- 2 postes d'observation de campagne "Mousset" et "Les Villers",
- 3 postes d'observation sous béton : "BV7" à Jevoumont , "VM3" à Cornesse et "VM29ter" à Wegnez,
- 2 casemates avec canon de 47 mm : "Vesdre" et "Mont".
 
Le fort est composé d'un massif central entouré d'un fossé sec et d'un glacis.  Le massif comprend cinq bâtiments dont les puits peuvent être dynamités séparement par la garnison en cas d'investissement par l'ennemi.
 
° Le B.I est l'entrée de temps de paix, avec mitrailleuses, phare et cloche équipée d'un périscope.
° Les B.II et B.IV sont équipés de coupoles  éclipsables avec canons jumelés de 75 mm.
° Le B.III comprend trois cloches pour mitrailleuses avec périscopes ou lance-fusées.
° Le bloc central, connu sous B.M (M pour mortier), comporte 3 mortiers de 81 mm et une grosse cloche d'observation.
 
Battant les fossés sur toute leur longueur, les coffres flanquants comportant chacun un phare, un canon de 47 mm et une mitrailleuse ainsi qu'une goulotte pour grenades.  Ce sont les coffres C.II, C.III et C.IV.
 
Le fort comprend également deux blocs extérieurs : les prises d'air "O" et "P". Cette dernière est également l'entrée de temps de guerre. La prise d'air "O" est défendue par arme légère.
Mais tout cela n'est que la partie visible de l'iceberg ...
Les derniers combattants de mai 1940 ...
 

Tancrémont, haut lieu de la résistance militaire belge !
 
Le fort de Tancrémont fut forcé de déposer les armes le lendemain de la capitulation, soit le 29 mai 1940 ! Et ce ne fut pas sans discussion, car le Lieutenant-Général allemand Spang dut donner au Capitaine Abel DEVOS, Commandant de Batterie, l'assurance, sur son honneur d'officier, que le Roi Léopold III avait bien donné l'ordre à toute l'armée belge de cesser les combats.
En souterrain, l'ouvrage comprend pas moins de 2.000 mètres de galeries situées entre moins 20 et moins 28 mètres,  dépendant du relief.  Elles conduisent à de multiples locaux : poste de commandement et de tir, salles des machines, locaux à munitions, etc… ainsi qu'à l'accès aux postes de combat.  On y trouve également la caserne souterraine avec ses dortoirs, cuisine, hopital, ...
 

A l'aube du 10 mai 1940, la situation du fort comportait des élements positifs, certes, mais aussi de sérieux handicaps.
 
Points positifs :
1/ Citons avant tout la solidité de l'ouvrage construit dans le schiste, de la même façon que les mines de charbon.
2/ Un équipage qui, issu pour la mojorité de la région, connaissant bien le relief et ses recoins.
3/ Sans oublier l'instruction poussée ordonnée par le capitaine DEVOS.
 
Points négatifs :
1/ L'absence du fort de Sougnez-Remouchamps dont la construction fut abandonnée faute de crédits.
2/ Le Bois des Mazures trop proche du fort qui allait devenir un repaire et un poste d'observation de choix pour l'ennemi.  Bon nombres d'attaques partiront d'ailleurs de cet endroit !
3/ Et non des moindres, le massif est percé de part en part par les derniers travaux en cours le 10 mai au matin ...! Ces trous empêchent la surpression dans le fort et le place dans une situation de non-combat.  Le capitaine DEVOS et sa formidable équipe vont pallier à ce problème en comblant ces puits.
 
Le 12 mai, les Allemands attaquèrent en force et furent refoulés.
A partir de cette date, de nombreuses opérations offensives, de jour comme de nuit, furent menés par l'ennemi, mais en vain. Les cratères sur le massif en témoignent encore aujoud'hui.  Les hommes, du commandant au simple soldat, tant dans le fort que dans les P.O. et abris, se comportèrent d'une façon admirable.
 
Le 28 mai, le roi ordonne à l'Armée Belge de capituler sans condition.
 
Le 29 mai, les Allemands vinrent annoncer la nouvelle au fort en demandant sa reddition.  Le capitaine Devos argua du fait que l'ordre royal de reddition concernait uniquement l'armée de campagne dont il ne faisait pas partie.
Devant la dénégation allemande, il contacta par radio le Grand Quartier Général à Saint-André lez Bruges sur la position qu'il devait tenir.  N'obtenant pas de réponse précise et ne sachant quelle était la vérité, il s'en remit à la déclaration écrite du général Spang qui, sur son honneur d'officier allemand, lui certifia que le Roi avait donné un ordre de cessation des combats à toute son armée, celui-ci incluant les troupes de forteresse.
 
Le fort de Tancrémont se rendit donc un jour après la capitulation belge, ayant résisté à l'enemi durant 19 jours.
Ses défenseurs furent enmenés en captivité en Silésie pour cinq ans.
 
Ils avaient été fidèles à la devise des Six Cents Franchimontois qu'ils avaient fait leur :
 
"Mieux vaut mourir de franche volonté que du pays perdre la liberté".
 

Garnison en mai 1940 :
 
Dans le fort :
°14 officiers
°47 sous-officiers
°361 brigadiers et soldats
 
Dans les abris d'observations extérieurs :
°12 sous-officiers
°78 brigadiers et soldats
 
plus la troupe de relève.